J’étais dimanche soir à la Bourse

Ce soir, la lumière est belle, le soleil couchant accroche et laque doré des fragments d’architecture. La Bourse a sa part de rayons. Elle est gratifiée d’une belle couleur miel qui adoucit ses prétentions néo-classiques. Quelques personnes sont debout sur les marches de l’édifice. En contrebas se dessine le grand rectangle de bouquets, bougies, drapeaux, cadeaux, une zone tellement colorée que les individus tout autour semblent vêtus de noir. Le ciel obscurci nous bombarde de grêle. Le vent glace mais chacun reste à son poste, à son recueillement, à son deuil. L’averse a passé. Une jeune femme est accroupie et allume des bougies. Sans plus réfléchir, je fais pareil. Depuis mon arrivée, je hume une chanson toute douce. Elle ne me quitte pas. Je vide l’eau des bougies. Je leur donne vie avec une flammèche. Mes gestes sont lents, précis. Certaines bougies crachotent puis s’éteignent. Ça me rend triste. J’ai l’impression de maintenir un fil de vie en propageant la flamme. Je deviens gestes, chant, corps courbé, humble. Je perds la notion du temps. Plus tard je me redresse. Il fait noir. Je suis au milieu d’un vaste tapis de bougies allumées par d’autres. Je me sens sereine, apaisée par cette communion silencieuse, par cette beauté discrète créée ensemble, dans un respect citoyen.

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4 réflexions sur “J’étais dimanche soir à la Bourse

  1. Tu m’y as emmenée avec toi, Anik.
    C’était moi, pendant un instant. J’ai senti, t’ai sentie.
    Et comme toi, j’étais remplie d’humilité et de douceur.

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