Au pied de mon tulipier #6

fleurtulipier

Jour gris, lumière terne. Je me presse. Je ne veux pas manquer les fleurs de mon tulipier, en forme de tulipe comme son nom l’indique. Sous son parapluie de feuilles émeraude, je respire calmement, je ne tousse pas. Je flatte la peau de bois de mon arbre, lui demande de me dire un seul mot, un seul. Il dit « amour » et je dis « d’accord ». A partir de là je me tais et je glisse dans sa haute colonne d’énergie concentrée. Des petits insectes transparents et jaune fluorescent grimpent au long de mes jambes nues. Ça chatouille ! Une coccinelle course une fourmis. Elle cherche leurs vaches à lait. Bingo, la bête à bon dieu découvre le troupeau de pucerons dans un repli d’écorce. Sereine, je souris béatement aux brins d’herbe, aux feuilles, aux passants rares à cette heure, à l’ombre couleur d’aquarium. Je vois des mobiles de Calder dans la ramure. Euphorique, je quitte mon poste la tête dans des nuages bleus.

AU PIED DE MON TULIPIER #5

Le parc est sur ma route avant d’aller à la danse. Les journées sont belles et les pelouses, pailletées de serviettes et de flâneurs. Des tout petits dans leur landau, des cyclistes en herbe sur des vélos de toute taille, de la trottinette au vélo rouge de la fillette rousse à la patinette d’une adolescente contrariée. Je suis à mon poste, au pied de mon arbre. A une cinquantaine de mètres, un homme est en train de méditer. Au deuxième coup d’œil je constate qu’il pianote sur un portable.
Deux gamins, peau très claire et casquette bleue coursent un couple de canards de Barbarie qui ont laissé leur étang d’encre verte pour s’aventurer parmi hommes, femmes et enfants. Charme d’un après-midi finissant où les générations se croisent et décroisent, un couple marche prudemment, lui tout blanchi s’accroche à son épouse encore droite, aux cheveux de jais. La teinture ne parvient pas à cacher son crâne dégarni. Ils s’éloignent chaloupant doucement sur les pavés puis s’encadrent en ombre chinoise dans la trouée lumineuse du portail. Le marronnier offre ses fleurs fraîches et blanches dans l’ombre de son feuillage qui salue. Le gardien, en tenue violette, vient battre le rappel, il est temps de plier bagage, messieurs-dames, le parc va fermer !