Le merle

chant du merle noir

Sortie des cinémas.
Le soir a coagulé en nuages bas. Un merle chante. Je m’arrête sous un arbre dénudé, défeuillé. Ses branches et ses ramilles dessinent un plan routier sur fond de ciel. La ville en fête, frisote ses guirlandes lumineuses à ses rues et ses arbres. L’oiseau siffle, invisible, dans un arbre illuminé. Il flûte joliment et je me tords le cou pour l’apercevoir. Un couple s’arrête et regarde dans la même direction.

  • vous le voyez ? demandent-ils
  • Non, je réponds
  • Il est peut-être dans l’arbre voisin, ils rétorquent.
  • J’ai déjà regardé, il n’y est pas, j’affirme
  • Ce doit être un haut-parleur qui diffuse des chants d’oiseaux, disent-ils

A trois puis quatre sous l’arbre, le cou tendu, on cherche encore. En vain et nous rions du farceur qui a planqué là, une boîte digitale pour faire dresser la tête aux passants.
Un si beau chant sans oiseau, ça met une couche aigre-douce sur ma tartine de noël.

Quelques jours plus tard je repasse par cet endroit, même heure, le merle chante. J’attache mon vélo et lève la tête. Je le vois tout au-dessus de l’arbre, il existe, il est vrai, ses plumes luisent autour de son corps menu, tout vibrant du chant qu’il lance dans la ramille. Il existe !

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Domovoy

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Mon chat noir a disparu depuis une semaine, la veille de l’arrivée de 4 danseurs russes, Ivan, Evgueni, Tanya et Masha.
La maison est pleine de monde qui va et vient mais Zack, le chat noir manque à l’appel. Mon inquiétude est distraite, toutefois, la maison vit d’autres vies qui remplissent tout l’espace.
Hier, lundi, ma petite Gorgo est aussi introuvable. Deux chats sur quatre, c’est trop. Une vraie angoisse me prend, je me détruis lèvre et doigts. Je crains que mes hôtes jeunes et insouciants n’aient laissé la porte de rue ouverte, que mes chats ne supportent pas ces allées-venues d’inconnus, qu’il y a trop de monde dans un lieu calme d’ordinaire. Alors que j’apprécie l’ambiance qui règne, je les imagine râlant, pestant contre les changements. Ce même jour et dans un autre registre, je surprends Zeppo, dans le lit de Ivan et Evgueni, la tête sur l’oreiller et blottie sous la couette. Jamais elle ne s’est installée ainsi sur le lit. Je n’ai pas le courage de la déloger.
Je me suis rongé les sangs, je comprends parfaitement cette expression à présent. Elle me vient soudain à l’esprit et je comprends toute sa puissance imagée. Je ronge mes chairs jusqu’au sang parce que mon esprit est tourmenté d’inquiétudes.
Ce matin, je croise Jenia et Masha, adorables. Ils m’offrent un DOMOVOY, un génie de la maison, un protecteur des pénates, attirant les richesses matérielles et immatérielles, garantissant la bonté des personnes et des animaux qui passent le seuil. Jenia explique en russe et Masha traduit, un seul domovoy par maison, pas plus, sinon il y a bagarre. Les domovayas sont l’équivalent féminin qu’on suspend plutôt dans la cuisine. Comme je viens d’installer mon domovoy dans la cuisine, j’interroge Jenia, est-ce le bon endroit pour un domovoy qui se respecte ? Large affirmation-sourire. J’ai l’impression que mon domovoy me renvoie la même plénitude.
Tous ont quitté la maison pour le boulot et je suis seule au jardin, prenant quelques photos avant de monter à l’atelier. Absorbée par un brin d’herbe, je n’entends pas tout de suite le miaulement rouillé bien connu. Je redresse la tête et vois venir à moi mon chat noir tout maigre, affamé d’affection comme il l’est rarement. J’en profite.
Merci Domovoy !