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Pavés #1

pavé3

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Au pied de mon tulipier #6

fleurtulipier

Jour gris, lumière terne. Je me presse. Je ne veux pas manquer les fleurs de mon tulipier, en forme de tulipe comme son nom l’indique. Sous son parapluie de feuilles émeraude, je respire calmement, je ne tousse pas. Je flatte la peau de bois de mon arbre, lui demande de me dire un seul mot, un seul. Il dit « amour » et je dis « d’accord ». A partir de là je me tais et je glisse dans sa haute colonne d’énergie concentrée. Des petits insectes transparents et jaune fluorescent grimpent au long de mes jambes nues. Ça chatouille ! Une coccinelle course une fourmis. Elle cherche leurs vaches à lait. Bingo, la bête à bon dieu découvre le troupeau de pucerons dans un repli d’écorce. Sereine, je souris béatement aux brins d’herbe, aux feuilles, aux passants rares à cette heure, à l’ombre couleur d’aquarium. Je vois des mobiles de Calder dans la ramure. Euphorique, je quitte mon poste la tête dans des nuages bleus.

Au pied de mon tulipier #3

Il y a de l’ail aux ours à profusion dans le parc de mon arbre. Je suis assise sur sa racine et regarde les taches d’ombre et de lumière qui singent la danse du vent dans la ramure. Le printemps est tout bleu, tout vert de mon parasol de feuilles acides, aigües comme un bon vinaigre qui exalte une tendre laitue. Je dois avoir faim sans doute. Je pense aux frites de la place Jourdan toute proche. Une corneille avale des morceaux de pain puis s’éloigne et se dandine remuant de la croupe. Est-ce qu’une corneille a une croupe ? Celle-là a un déhanchement à étourdir. Une femme fait la récolte d’un plein sac de feuilles d’ail. Elle me dit que c’est « le parc » où le trouver et puis elle enchaîne sur le poulailler collectif dont neuf familles s’occupent depuis le 15 avril. Mais attention aux renards. Certains en ont vu au parc Leopold. C’est le temps où l’on contemple l’ombre vert bouteille sous les arbres sans frissonner, empli de gratitude pour l’apaisement qu’elle offre à l’œil crispé dans la lumière du midi. Des vagues fleuries clapotent au pied de la gloriette qui propose son banc de bois clair aux amoureux de passage. Que cette saison est douce aux cœurs tendres !

AUPRÈS DE MON TULIPIER #2

tulipier

Mon tulipier est inaccessible, le parc déjà fermé. Je le vois par-dessus la grille tôlée, peinte d’un bleu sombre. A côté siège la boîte postale rouge, recouverte d’autocollants en tout genre et de tags. J’observe par le trou de serrure et distingue une partie du tronc. Par-dessus l’entrée grillagée, je repère son feuillage vert fragile, enfantin. Le marronnier, à l’avant-plan, contraste par sa masse sombre. Ses feuilles épaisses descendent sur le mur de briques qui clôture le parc, des mains pendantes, désolées, s’excusant de faire écran. La ramure de mon tulipier écrit le printemps, discrètement, comme à regret. On dirait des poils qui poussent lentement sur un crâne dégarni. Un arbre centenaire, émouvant de juvénilité. Je le salue de la main, traverse la rue, m’arrête à l’étal du fleuriste. Des prisonnières tendent leurs jolis bras, l’air de dire  « Prenez-moi, prenez-moi ! »