Même si les lampes s’éteignent…

Même si les lampes s’éteignent
même si l’on me dit :
il n’y a plus rien,
je resterai pourtant.
Il y a toujours à regarder.

RM Rilke

plancher

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Auprès de mon tulipier

Plein soleil printanier, pourtant il fait froid au pied de mon tulipier. Je m’y suis assise comme à mon habitude qui n’en est pas encore vraiment une. Je rends visite à mon arbre. Je lui palpe sa racine à l‘écorce rugueuse et ma main respire, agitée par un battement léger comme l’aile d’un moineau. Il y a deux corneilles perchées très haut, immobiles, elles se chauffent aux rayons qui caressent encore la cime. Le froid m’engourdit, il pénètre mon dos au travers du cuir de ma veste, mes fesses, mes pieds, j’ai encore oublié de mettre des chaussettes par-dessus mes bas. Sous le soleil qui lentement s’efface, courent des petits, derrière leurs ballons colorés et des pères, impliqués dans le jeu tout autant que leurs rejetons. Une machine brise la tranquillité, difficile à identifier. Un moteur rugit et rompt la quiétude du lieu. La conversation avec mon arbre est mal engagée. Je me concentre, je ferme les yeux, appuyée au tronc. Je les rouvre, un passant me regarde avec curiosité. Je suis gênée d’être là assise sur ma racine. Les gens me prennent pour une originale, pourtant j’ai juste envie d’être au pied de cet arbre, tranquille.
Mais je suis distraite par les promeneurs, par les narcisses qui contemplent un sol noir au pied d’un cyprès noir. Je tourne la tête. Un gamin haut comme trois pommes peine dans le gazon inégal. Il titube, tombe le corps en avant, se relève sans effort. A quelques pas de là, à côté d’un sapin tout droit, une femme noire danse à petits pas en chantant doucement.

Chasse au trésor

Par la fenêtre, elle me fait signe. Elle plane joliment au-dessus de ses soeurs vertes et tapies.

renardii1

Elle ressemble à un oiseau qui se pose, les ailes encore déployées, et guide mon regard vers le petit museau blanc d’une fleur,  inattendue en cette saison.
Un géranium renardii à la  corolle précieuse.

renardii

Léger comme une plume

Il fait superbe en Belgique depuis trois jours. Moi, qui avais jusqu’ici le teint aspirine, je reprends sourire, couleur et bonne humeur. Donc, ce matin, je décide de marcher dans les rues avec appareil photo et carnet de croquis. Je descends gaiement vers la gare de Schaerbeek. Le bâtiment est coiffé d’un gros bulbe à hublots, qui rappelle la tête d’un scaphandrier géant surnageant dans la mer d’ardoises de ses toits accidentés.
Soudain, mon regard est attiré par une plume noire, une plume de corneille, irisée dans le soleil. Je la ramasse, l’observe. Elle est douce, souple, légère, un peu molle. Elle ondule au vent de ma marche. Je suis toute joyeuse de ma trouvaille que je contemple à bout de bras pour la faire miroiter dans le soleil.

Arrive face à moi, un grand monsieur, le cheveu noir, le teint doré, indien ou pakistanais, me dis-je.

Je lui souris et lui montre ma plume

–       Elle est belle, n’est-ce pas ?

Et lui de me répondre

–       Oui et aussi pour faire guili, madame !

Nous éclatons de rire puis nous éloignons en nous souhaitant la bonne journée.