Heathrow

Le couloir à soufflets, les journaux anglais à disposition, les sens en éveil pour ne pas se perdre, la timidité qui se réveille, mon anglais vacillant et mes premiers pas dans un espace de verre dilaté. HUGE. Pas un instant je ne pense à prendre une photo, pourtant tout est bien plus fascinant que l’aéroport provincial que je viens de quitter.
Ecrasée par le lieu, je n’observe que les panneaux signalétiques qui m’indiquent le terminal 5, départs.
A partir de là commencent les vérifications de passeport, de billets, l’espace est bas de plafond, pèse sur les consciences. C’est l’antichambre qui prélude à la découverte de cieux hautains, en équilibre sur d’immenses colonnes croisées. L’énorme escalier métallique qui y mène est la métaphore presque parfaite de l’arrivée au paradis…des contrôleurs des consciences, des révélateurs d’actes répréhensibles.
L’acmé de l’intimidation où des armées d’individus attendent comme au purgatoire. Libre à chacun durant ce temps plus ou moins long mais combien pesant de se sentir coupable pour tout et n’importe quoi. Le cérémonial nous met la pression à raison sans doute pour que les agents hautement qualifiés qui nous jaugent puissent déceler le moindre tic nerveux, l’odeur de peur exsudée par un terroriste potentiel.
Les grands X, formés par les colonnes, nous avaient avertis : pas d’accès au firmament avant d’avoir liquider ses péchés.
Les bagages à main récupérés, les chaussures rechaussées, la ceinture réajustée, on relève la tête qui jusque là regardait humblement le sol. On peut enfin contempler l’Immense, tapissé d’un verre sans taches, nouvelle métaphore de nos âmes pures prêtes au voyage aérien.

Après la haute montée spirituelle qui nous a été imposée voici le temps de la récréation, le vaste terminal comprenant plus de trente portes déploie sous nos yeux une pléthore de restaurants, snacks, boutiques de luxe et ordinaires. Mais il n’est pas encore temps d’en jouir. D’abord localiser la porte où se rendre pour notre correspondance, contempler les panneaux électroniques qui à notre grand dam n’indiquent que les numéros de porte des vols à une heure de leur départ. Ce qu’on ignore dans un premier temps, alors on est pris d’angoisse, ne suis-je pas au bon endroit mais pourtant le vol pour Accra est bien indiqué, est-ce un autre terminal. Ce qui nous pousse à poser la question à une charmante hôtesse qui dans un sourire hautement rassurant nous libère d’une peur primale, celle de rater l’avion.
Puisque j’ai du temps à perdre, perdons-le en parcourant l’allée principale, sorte d’artère commerçante alternant lieux de restauration et d’achats de produits détaxés. A l’opposé de la cage de verre qui nous surplombe et nous protège, l’espace est ici presque vierge de toute vitre ou vitrine, le chaland circule librement et achète son comptant. Il y a bien des exceptions, celles des boutiques de prestige qui se donnent des allures de temple avec leurs vestales officiantes. Les ouvertures béent sur un luxe inouï mais quelques cloisons vitrées imposent tout de même une certaine distance. N’est pas ordinaire celui qui pénètre ici ! Le badaud se contente de rester à l’extérieur, l’œil ébloui, comme en son temps l’homme du peuple regardait passer le seigneur. Celui qui ose pénétrer le saint des saints du luxe absolu est rompu à son usage et en a les moyens !

Après c’est l’ennui, pas moyen de se connecter à une borne WIFI, il faut payer partout et pour tout. Je patiente comme je peux à proximité d’un écran qui indique enfin la porte du vol pour Accra, ce sera la B. Au terminal 5 il y en a trois A, B, C avec un nombre considérable d’accès. La porte A en comprend environ une trentaine et pour se rendre aux portes B et C il faut prendre le métro. Quai central et deux voies, laquelle choisir? Aucune importance on monte indifféremment d’un côté comme de l’autre. Au pays des départs il n’y a pas d’arrivants.
Le voyage sous terre semble interminable et je pousse un ouf de soulagement quand  l’escalator me dépose enfin au niveau plein de lumière de ma plateforme d’embarquement !

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